Niveau 3

Les dialogues de Cordier mettent en scène des élèves dont certains habitent dans la ville environnante et rentrent chez eux pour les repas et le soir, tandis que d'autres sont pensionnaires. Un assez grand nombre de colloques aborde la vie extérieure, familiale, et la manière dont elle pénètre dans l'enceinte de l'école, que ce soit par le biais du courrier, de visites ou de ce que les pensionnaires rapportent de leurs séjours en famille.

1. « Difficile de se concentrer ! » (Livre II, Colloque I)

L'arrivée d'une lettre attise la curiosité d’un camarade de classe.

Dialogue Cordier 2, 1_aquarelle C. Melotto
L'arrivée d'une lettre : Martialis est dérangé pendant sa lecture. Aquarelle C. Melotto.

Alors que Martialis tente désespérément de lire son courrier, Cornelius l'assaille de questions indiscrètes. Martialis montre son agacement. Cornelius retourne à ses devoirs.

Voici comment Cordier résume ce colloque :

Argumentum : Interrogatiunculae de acceptis litteris. Traduction

CORNELIVS : Quid legis ?
MARTIALIS : Litteras
CORNELIVS : A quo ?
MARTIALIS : A patre.
CORNELIVS : Quando accepisti ?
MARTIALIS : Heri uesperi.
CORNELIVS : Quis adtulit ?
MARTIALIS : Nescio.
CORNELIVS : Nescis ? Quis tibi reddidit eas ?
MARTIALIS : Ancilla quaedam a caupone.
CORNELIVS : Vnde sunt datae ?
MARTIALIS : Lutetia, credo.
CORNELIVS : Quo die ?
MARTIALIS : Nondum licuit inspicere.
CORNELIVS : Nempe ego te interpellaui.
MARTIALIS : Parum refert ; non adeo sum occupatus.
CORNELIVS : Age, perlege tuam epistolam ; ego interea studebo.
MARTIALIS : Ego quoque mox idem faciam.

Vous pouvez télécharger une traduction de ce colloque.

2. Une promesse (Livre II, Colloque XV)

Un pensionnaire part chez lui pour les vendanges et promet des raisins à son retour.

Dialogue Cordier II, 15, aquarelle Catherine Melotto
Une promesse avant le départ pour la maison. Aquarelle C. Melotto.

L'hiver approchant, Lambertus doit rentrer chez lui à la demande de sa mère. Aurelius lui fait promettre d'en profiter pour lui rapporter quelques raisins suite à l'abondante récolte dont il a eu connaissance.

Argumentum : Aurelius a Lamberto eunte domum petit sibi uuas adferri. Exemplum desiderii puerilis. Traduction

AVRELIVS : Siste parumper gradum, Lamberte ; quo properas ?
LAMBERTVS : Recta domum.
AVRELIVS : Quid eo ?
LAMBERTVS : Mater uult me paucis conuenire.
AVRELIVS : Nescis quamobrem ?
LAMBERTVS : Nescio, nisi forte ut uestimenta hyberna mihi facienda curet.
AVRELIVS : Istud est uerisimile. Iam enim instat hyems.
LAMBERTVS : Iam uisa sunt gelicidia et glacies etiam alicubi.
AVRELIVS : His diebus uidi in foro montanos quosdam qui dicebant magnam uim niuium decidisse superiori hebdomade, cum hic interea lentas pluuias tantum uideremus.
LAMBERTVS : Ego quoque idipsum audiui domi nostrae ex rusticis qui triticum nobis adduxerant. Sed cogor abrumpere sermonem, ne mihi irascatur mater.
AVRELIVS : Sed heus tu mi Lamberte, adfer mihi domo aliquot uuas. Nam amplissima fuit uobis uindemia.
LAMBERTVS : Adferam (ut spero) utrique nostrum affatim nisi siquid forte mater irata est mihi.
AVRELIVS : Istud auertat Deus.

Voir une traduction.

3. Chose promise, chose due (Livre II, Colloque XLVII)

Un élève revient au pensionnat après les vendanges. Bien que les noms des élèves ne soient pas les mêmes que ceux du dialogue précédent, le thème traité est dans la continuité du dialogue II, 15.

Illustration Cordier II, 47_aquarelle Catherine Melotto
Après les vendanges, retour à l'internat. Aquarelle de Catherine Melotto.

Après d’abondantes vendanges, le retour de Marcadus au pensionnat est attendu avec impatience : il avait promis à son camarade de rapporter du raisin. La joie fait place à la déception. Mais tout s’arrange…

Argumentum : Porralis et Macardus de reditu a uindemia deque uuis adlatis colloquuntur. Traduction

PORRALIS : Gratulor tibi reditum Macarde ; quando redisti rure ?
MACARDVS : Heri post meridiem.
PORRALIS : Quid mater ?
MACARDVS : Quemadmodum illa me secum duxerat, ita reduxit.
PORRALIS : Nonne uenit in equo ? 
MACARDVS : Et quidem tolutario.
PORRALIS : Tu uero ?
MACARDVS : Quid rogas ? Eram illi a pedibus.
PORRALIS : Non tibi fuit molestus labor itineris ?
MACARDVS : Nulla mihi fuit uia difficilis, adeo erat iucunda in urbem reditio. Quid quaeris ? Noluissem eques uenire.
PORRALIS : Quantum distat hinc uilla uestra ?
MACARDVS : Quatuor miliaribus, iisque non admodum longis.
PORRALIS :Sed iam satis de reditu, nunc aliud agamus. Fuistine memor promissi tui ? Num rediisti uacuus ?
MACARDVS : Attuli uuarum quantum potui.
PORRALIS : Quantum igitur ?
MACARDVS : Quasillum .
PORRALIS : Hui, quasillum ! Tibi igitur uni.
MACARDVS : Immo nobis ambobus.
PORRALIS : Quid duobus tantillum ?
MACARDVS : Non poteram ferre amplius, pro uiribus corpusculi mei. Quod si robustus essem asini onus asportassem. Mater enim facile permittebat.
PORRALIS : Quam uellem adfuisse !
MACARDVS : Ego et mater te plurimum desiderauimus. Sed esto animo bono : ea reliquit famulum ruri, qui amplissima corbe onustus ueniet ; tum illa tibi dabit affatim.
PORRALIS : Aha, nunc optata loqueris, mi Macarde.
MACARDVS : Eamus domum ad nos : uidebis quasillum nostrum, adhuc (ut spero) integrum.
PORRALIS : O lepidum caput ! Nam et cupiebam ire salutatum matrem tuam mihi charissimam.
MACARDVS : Profecto illi gratissimum feceris.
PORRALIS : Eamus igitur.

Voir la Traduction.

4. Quelques remarques sur ces dialogues

Ces trois dialogues mettent en scène la vie d'élèves pensionnaires. Dans le premier colloque, un élève, Martialis, est concentré sur la lecture d'une lettre de son père qu'il vient de recevoir. Recevoir du courrier de sa famille est un événement dans la vie d'un pensionnaire. Cette lettre fait l'objet de beaucoup de questions de la part de son camarade Cornelius : ce dernier est indiscret, mû peut-être aussi par l'envie ? L'agacement de Martialis est palpable : nondum licuit inspicere. Ce dialogue permet de découvrir quelques termes et expressions spécifiques en lien avec le courrier, comme la question Vnde sunt datae ?

Dans le deuxième colloque, Lambertus doit rentrer chez lui à la demande de sa mère. Les parents semblent avoir ici une autorité qui prévaut sur l'institution scolaire. On sent aussi la hâte qu'a le pensionnaire de rentrer chez lui (quo properas ?). Par ailleurs, il est animé par la crainte d'être en retard et de contrarier sa mère : ne mihi irascatur mater. Le rôle important des mères, qui apparaissent souvent comme de fortes femmes, transparaît dans les dialogues de Cordier. Elles ont aussi le souci de la vie matérielle de leurs enfants comme ici : uestimenta hyberna facienda curet. Aurelius saute sur cette occasion pour se faire rapporter du raisin. Tout à sa joie de partir, Lambertus promet de le satisfaire, avec une légère réserve cependant. Il n'est pas tout à fait sûr de pouvoir honorer sa promesse : ut spero... La mention de « montagnards » situe bien la scène dans le contexte de la Suisse, où Cordier s'est établi après avoir quitté la France.

Le dernier colloque montre également l'importance de la vie de famille, dans la lignée du précédent : un pensionnaire peut être réclamé par ses parents pour les aider dans une activité agricole comme les vendanges. De retour à l'école, l'élève rapporte du raisin, comme un camarade le lui avait demandé. Le comique du dialogue est fondé sur la gourmandise enfantine de Porralis et sur sa déception devant la maigre quantité rapportée par Marcadus, que ce dernier ose d'ailleurs à peine avouer : quasillum.

Par Catherine Melotto
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