Le Grand Camée de France 1
Le Grand Camée de France, sardoine à cinq couches, Ier s. ap. J.-C. sous Tibère, monture de la 1re moitié du XIXe s., 310 x 265 mm, département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF, Camée.264

Évelyne Prioux a publié une étude du Grand Camée de France sur Utpictura 18. Jordane Bérot, professeure de Lettres et de Langues et Cultures de l’Antiquité en classes préparatoires au lycée Lapérouse d’Albi, propose une séquence en Latin pour une classe de 1re.

Ces activités peuvent être introduites dans le cadre de l'objet d'étude Féminin / masculin : représentations et préjugés / Couples mythiques et historiques, dans une séquence centrée sur le cas particulier des femmes des familles impériales.Nous proposons trois temps dans cette séquence.

1. Travail sur l’arbre généalogique détaillé de la gens julio-claudienne

On pourra se référer à l'arbre généalogique joint en ressources pédagogiques cachées à la fin de cet article. Une mise en place progressive de l’arbre par ligne horizontale (strate générationnelle) permet de présenter les femmes comme « outils politiques » des hommes au pouvoir. « L’usage » qui en est fait transparaît d’autant mieux qu’on observe avec précision les dates de naissance, de mariage, de mort, des différents protagonistes de l’arbre.

Les élèves peuvent déduire ainsi au fur et à mesure ces différents usages. On utilise les sœurs (cas d’Octavie) pour renforcer l’alliance d’un moment (mariage avec Marc Antoine), les filles (cas de Julie) pour récompenser un fidèle général (mariage avec Agrippa), les deux pour perpétuer la descendance d’Auguste mais aussi pour faire le jeu de Livie et mêler son sang à celui de son époux dont elle n’a pas eu d’enfant : Drusus est marié à la fille d’Octavie, Antonia Minor ; Tibère à Julie une fois veuve d’Agrippa.

2/ Analyse détaillée avec passages laissés en latin d'un texte de Sénèque tiré de la Consolation à Marcia,2-3,

Là aussi, on se reportera au texte mis en pièce jointe dans les ressources pédagogiques à la fin de l'article. On s'intéressera à la place que doit tenir une femme digne de son rang dans le deuil de son fils. Les exempla sont pris à la famille impériale : l’exemple à ne pas suivre, Octavia mère inconsolable de Marcellus, et le modèle à imiter, Livie, mère de Drusus, tenant son rang d’épouse impériale.

La traduction juxtalinéaire des passages laissés en latin se fait tout en demandant en parallèle aux élèves d'ajouter une forme d'annotation (comme des notes de bas de page) sur les noms des différents membres de la famille impériale évoqués dans le texte. Cela permet aux élèves d’appliquer ce qui a été observé dans le temps 1 et de se familiariser avec ces figures, féminines en particulier.

3/ Intégration de l'analyse du Grand Camée de France telle que nous la donne l’étude de cas sur Utpictura 18

Le Grand Camée de France peut être présenté, en complément au texte de Sénèque, comme une autre façon de mettre en avant son fils et de le porter au pouvoir : ce serait une arme politique d’Agrippine la Grande. On repartira de l’arbre généalogique dont on analysera la ligne générationnelle suivante, celle centrée sur le couple Agrippine - Germanicus. La question posée par l'article est la suivante : s’agit-il, par le don ce de camée, de favoriser un héritier contre un autre ?

la représentation dynastique qui est ici donnée est certainement partisane, comme le laisse entendre la mise en valeur de certains membres de la famille impériale aux dépens d’autres. Aussi pourrait-il s'agir d’un somptueux présent offert à l’empereur par l’un de ses proches dans l’intention d’asseoir l’influence et la légitimité de certains héritiers potentiels.

L’analyse proposée par l'article démontre qu’il s’agit assurément de valoriser la descendance de Germanicus au détriment de celle de Drusus le Jeune. Ce qui permettrait de suggérer une commande d’Agrippine cherchant ainsi à « placer » un de ses fils comme favori dans la succession au trône de Tibère :

L'ensemble de cette lecture suggère que le commanditaire du camée pourrait être Agrippine l’Aînée ou quelqu’un qui aurait défendu ses intérêts et ceux de ses fils et aurait, en conséquence, offert ce chef-d’œuvre à Tibère.

Par une lecture très attentive de l'article, avec l’arbre généalogique en parallèle, on peut demander aux élèves de compléter l’arbre avec des figures manquantes sur le nôtre (il manque en particulier toute la descendance de Tibère évoquée dans la notice : Drusus le Jeune, et ses fils jumeaux) ; on peut aussi par exemple faire « colorer » les figures communes sur le camée et sur l’arbre, ce qui facilitera leur identification et leur répartition.  

Ainsi, en menant l’analyse de notre arbre généalogique avec l’aide parallèle du texte commentant le camée et la représentation du camée lui-même, nous pouvons mettre en lumière le rôle hautement politique des femmes dans la dynastie julio-claudienne.

Par Jordane Bérot
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