
Activités sur le sceau en contexte romain
Laura Sageaux a écrit un article sur « Sceaux et iconographie dans l’Antiquité », sur la plateforme Utpictura 18. Marie Platon, enseignante en classes préparatoires au Lycée Saint-Sernin de Toulouse, propose des activités pédagogiques pour l'enseignement de Langues et cultures antiques axées sur le latin.
Lisez les textes suivants
Texte 1. Cicéron, Académiques, 2, 26, 86
Les Académiques sont un dialogue de Cicéron publié en 45 av. J.-C. La question principale abordée dans l'ouvrage est celle de l'accès à la connaissance, c'est-à-dire de la possibilité de parvenir à la vérité. Cicéron défend le « scepticisme » de la Nouvelle Académie face aux arguments des Stoïciens en faveur de la « perception » objective des phénomènes. (Le texte est donné dans la traduction de D. Nisard.)
Tu dis que chaque chose a son caractère propre, que nulle n'est exactement la même qu'une autre. C'est une formule stoïcienne et il est difficile de croire qu'il n'y a pas un cheveu qui soit de tout point semblable à un autre, pas un grain qui soit exactement tel qu'un autre grain. Ce sont là des idées qui se peuvent réfuter, mais je ne veux pas batailler. Il n'importe guère à ce qui est proprement le sujet du débat qu'il n'y ait rien dans une chose vue par nous qui la différencie d'une autre ou qu'elle ne puisse en être distinguée par nous, même si elle en diffère. A supposer d'ailleurs qu'il ne puisse y avoir entre deux hommes une si grande ressemblance, en sera-t-il de même de deux statues ? Dis-moi, un Lysippe ne pourrait-il avec le même bronze, le même alliage, le même ciseau, la même eau et ainsi de suite faire cent Alexandre identiques ? A quelle marque les distinguerais-tu ? Et si avec cet anneau j'imprimais cent fois mon cachet dans la même cire, comment ferais-tu pour distinguer les empreintes (si in eiusdem modi cera centum sigilla hoc anulo impressero, ecquae poterit in agnoscendo esse distinctio) ? Iras-tu chercher un fabricant d'anneaux tout de même que tu as trouvé cet aviculteur de Délos pour reconnaître les œufs ?
Texte 2. Horace, Épîtres, 1, 20, 1-5
Dans cette épître (la dernière du recueil), Horace s’adresse directement à son livre au moment au celui-ci, embelli par la pierre ponce du libraire, s’apprête à quitter la maison de son maître. Le poète se moque ici de l’excès de sophistication du libellum et de son envie irrépressible de s’exhiber, voire de se prostituer...
Vortumnum Ianumque, liber, spectare uideris,
scilicet ut prostes Sosiorum pumice mundus.
Odisti clauis et grata sigilla pudico,
paucis ostendi gemis et communia laudas,
non ita nutritus. [...]
Tu sembles, mon livre, regarder du côté de Vertumne et de Janus, voulant sans doute, te montrer tout poli par la pierre ponce des Sosies. Tu as pris en haine les clefs et les cachets chers à la pudeur ; tu gémis de n’être montré qu’à peu de gens et tu vantes les lieux ouverts à tous, toi qui avais reçu d’autres principes.
Texte 3. Suétone, Vie d'Auguste, 50
Haut-fonctionnaire et secrétaire de l'empereur Hadrien, Suétone rédigea les biographies des douze premiers Césars, de Jules César à Domitien, entre 119 et 122 ap. J.-C. Les biographies ne suivent pas un schéma chronologique mais sont organisées en une succession de rubriques thématiques. Le passage qui suit est consacré aux divers cachets employés par Auguste au cours de son principat.
In diplomatibus libellisque et epistulis signandis initio sphinge usus est, mox imagine Magni Alexandri, nouissime sua, Dioscuridis manu scalpta, qua signare insecuti quoque principes perseuerarunt.
Le cachet qu'il apposait aux actes publics, aux requêtes et aux lettres, fut d'abord un sphinx, ensuite l'image du grand Alexandre, et enfin son portrait gravé par Dioscoride. Ce dernier cachet fut celui dont les princes ses successeurs continuèrent à faire usage.
Texte 4. Pline le Jeune, Lettres, Livre X, lettre 16
Sénateur, célèbre avocat, consul puis gouverneur impérial de la province Bithynie et Pont entre 111 et 113 ap. J.-C., Pline fut un proche de l'empereur Trajan, auquel il adressa cette lettre.
Apuléius, soldat de la garnison de Nicomédie, m'a écrit, seigneur, qu'un nommé Callidrome, arrêté par Maxime et Denys, boulangers, au service desquels il s'était engagé, avait cherché un asile aux pieds de votre statue. Conduit devant le magistrat, il avait déclaré qu'autrefois, et pendant qu'il était esclave de Labérius Maximus, il avait été pris par Susagus dans la Moesie, et donné par Décébale à Pacore, roi des Parthes; qu'il l'avait servi plusieurs années; qu'ensuite il s'était échappé, et s'était sauvé à Nicomédie. Amené devant moi, il m'a fait la même déclaration, et j'ai cru alors devoir vous l'envoyer. J'ai un peu différé, parce que je faisais rechercher une pierre précieuse où était gravée l'image du roi Pacore avec ses ornements royaux : on la lui avait volée, disait-il. Je voulais, si on eût pu la trouver, vous l'envoyer, comme je vous ai envoyé un lingot de métal qu'il disait avoir apporté du pays des Parthes. Je l'ai scellé de mon cachet dont l'empreinte est un quadrige (Signata est anulos meo, cuius est aposphragisma quadriga).
Texte 5. La Bible, Apocalypse, dans la traduction latine de Saint Jérôme (Vulgate) 5, 1-10
Au IVe siècle de notre ère, le moine Jérôme de Stridon traduisit la Bible en latin, en s'appuyant sur les différentes versions grecques (dont la Septante), mais aussi sur les écrits hébraïques. Cette traduction prit le nom de « Vulgate » (du latin vulgata, qui signifie « rendue accessible, publique ») à partir du XVIe siècle. L’Apocalypse ou Livre de la révélation est le dernier livre du Nouveau Testament. L'œuvre aurait été composée vers la fin du Ier siècle ap. J.-C. par un auteur judéo-chrétien qui, selon le préambule, est prénommé Jean. Celui-ci se trouve dans l'île de Patmos lorsqu'il reçoit plusieurs visions, qu'il raconte en détail : tout d'abord les visions de Dieu et de l'Agneau rédempteur entourés d'une cour céleste incluant le tétramorphe (c'est-à-dire les symboles des quatre évangélistes), glorifiés tour à tour dans une célébration cultuelle cosmique. Apparaît ensuite le « Livre aux sept sceaux », un codex qui peut être lu recto-verso et que seul peut ouvrir l'Agneau.
[5] 1 Et uidi in dextera sedentis supra thronum, librum scriptum intus et foris, signatum sigillis septem. 2 Et uidi angelum fortem, praedicantem uoce magna : Quis est dignus aperire librum, et soluere signacula eius ? 3 Et nemo poterat neque in caelo, neque in terra, neque subtus terram aperire librum, neque respicere illum. 4 Et ego flebam multum, quoniam nemo dignus inuentus est aperire librum, nec uidere eum. 5 Et unus de senioribus dixit mihi : Ne fleueris : ecce uicit leo de tribu Iuda, radix Dauid, aperire librum, et soluere septem signacula eius. 6 Et uidi : et ecce in medio throni et quatuor animalium, et in medio seniorum, Agnum stantem tamquam occisum, habentem cornua septem, et oculos septem : qui sunt septem spiritus Dei, missi in omnem terram. 7 Et uenit : et accepit de dextera sedentis in throno librum. 8 Et cum aperuisset librum, quatuor animalia, et uiginti quatuor seniores ceciderunt coram Agno, habentes singuli citharas, et phialas aureas plenas odoramentorum, quae sunt orationes sanctorum : 9 et cantabant canticum nouum, dicentes : Dignus es, Domine, accipere librum, et aperire signacula eius : quoniam occisus es, et redemisti nos Deo in sanguine tuo ex omni tribu, et lingua, et populo, et natione : 10 et fecisti nos Deo nostro regnum, et sacerdotes : et regnabimus super terram.
1 Puis je vis dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, et scellé de sept sceaux. 2 Et je vis un ange puissant qui criait d'une voix forte : « Qui est digne d'ouvrir le livre et de rompre les sceaux ? » 3 Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder. 4 Et moi je pleurais beaucoup de ce qu'il ne se trouvait personne qui fût digne d'ouvrir le livre, ni de le regarder. 5 Alors un des vieillards me dit : « Ne pleure point; voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu, de manière à pouvoir ouvrir le livre et ses sept sceaux. » 6 Et je vis, et voici qu'au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards, 7 un Agneau était debout: il semblait avoir été immolé; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il vint, et reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône. 8 Quand il eut reçu le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d'or pleines de parfums, qui sont les prières des saints. 9 Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : « Vous êtes digne de recevoir le livre et d'en ouvrir les sceaux; car vous avez été immolé et vous avez racheté pour Dieu, par votre sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation ; 10 et vous nous avez faits rois et prêtres, et nous régnerons sur la terre. »

Dans un médaillon quadrilobe, l'Agneau (avec sept yeux, dix cornes et une plaie au côté) touche le livre aux sept sceaux (dont six seulement sont visibles) que Dieu lui présente. Ils sont entourés du Tétramorphe, représentation allégorique des quatre évangélistes (l'homme-ange représente Mathieu. l'aigle Jean, le lion Marc et le taureau Luc). À gauche apparaît l'ange qui apporte la vision à Jean.

Miniature du XIVe s., Toulouse, BM, 0815, f. 001-057v (http://initiale.irht.cnrs.fr/decor/31941)
Dans un médaillon quadrilobe, toujours entouré du Tétramorphe, l'Agneau mystique nimbé d'or, avec une plaie sanguinolente au flanc, se tient devant le livre ouvert qu'il touche de la patte. Les sept sceaux décachetés sont attachés à des rubans disposés parallèlement tout le long de la tranche du livre. De part et d'autre sont déployés, de manière symétrique et sur deux registres, les 24 vieillards couronnés composant la cour céleste : ceux du registre supérieur portent des offrandes (bouteilles de parfum ou vases en or ?) tandis que ceux du registre inférieur jouent de la harpe.
Questions
1/ Observez les cinq textes ci-dessus puis répondez aux questions suivantes
a. Quel nom latin désigne le sceau ? Cherchez ce mot dans le dictionnaire : quel est son sens étymologique ? À quel verbe ce terme correspond-il ?
b. Quel terme désigne l'empreinte du sceau ou cachet ? De quelle langue vient-il ?
c. Comment appelle-t-on, de nos jours, la science annexe de l'histoire qui étudie les sceaux (deux noms, l'un d'origine gréco-latine et l'autre d'origine grecque) ?
2/ Lisez le texte n° 1 puis répondez aux questions suivantes
a. Pourquoi Cicéron rapproche-t-il ici les impressions sigillaires de la fabrication de statues de bronze ?
b. À votre avis, deux empreintes d'un même sceau sont-elles nécessairement identiques ?
3/ Quelle(s) fonction(s) remplit dans le sceau dans les textes 3, 4 et 5 ? En quoi l'incipit du poème d'Horace détourne-t-il de façon humoristique cet usage traditionnel du sceau ?
4/ Dans quelle mesure les images figurant sur les sceaux d'Auguste et de Pline (texte 3 et 4) sont-elles le reflet de la fonction politique de leur détenteur ?
5/ Lisez le texte 5 et regardez les images.
a. Cherchez dans un dictionnaire le sens étymologique du mot « apocalypse ». Quel lien pouvez-vous établir avec l'image du livre scellé dans le texte n° 5 ?
b. Pourquoi le chiffre 7 est-il récurrent et que symbolise-t-il ?