
L'histoire de Polycerius et Mythiphila
Découvrez l'histoire de Polycerius et Mythiphila

- Quelles hypothèses formulez-vous sur la mort des amants en observant la vignette ?
- Traduisez l'avertissement au passant-voyageur.
POLYCERIVS ET MYTHIPHILA
D(IIS) M(ANIBVS) S(ACRVM) 1
Polycerius met en garde le passant contre l’amour
Viator aueto. Polycerius hic situs est. Si tu libens 2 exspectare 3 uis, te de amore fatum edocebit nouum. Quid, tu abis ? Agedum uide, uide, inquam, quam durum sit 4 in amore mori.
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Salut voyageur. Ci-gît Polycerius. Si tu veux bien patienter, il t’apprendra le destin singulier qui concerne l’amour. Quoi ! tu t’en vas ? Eh bien vois, vois, dis-je, comme il est difficile de mourir dans l’amour.
Un amour fatal
Eram amantum (heus etiam amentum 5) omnium excellentissimus. Amabam, sed quam ? Mythiphilam. Mythiphilam uiuens ego deperibam. Perii tandem. At quo modo ? Modo lector attende, paucis ego absoluam.
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J’étais le meilleur de tous les amants (et même des déments, hélas). J’aimais, mais qui ? Mythiphila. J’avais beau être en vie, je mourais d’amour pour Mythiphila. À la fin, je péris. Et de quelle manière ? Attends un peu, lecteur, j’achèverai mon récit en quelques mots.
Polycerius essaie de rejoindre Mythiphila en montant jusqu’à sa chambre
Quia parentum meorum aedes a Mythiphilae meae dulciculae domo plusculum aberant et quia maledicentium inuidulorum linguae interdum congredi prohibebant, uenit in mentem noctu clandestinus et taciturnulus per funem amicae cubiculum ascendere. Ecce nuda mea Mythiphila sua cito subaperta fenestrella me funi colligatum helicino 6 tractu sursum ad se tollere nititur.
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Parce que la demeure de mes parents était un petit peu éloignée de la maison de ma toute douce Mythiphila et que les langues des médisants envieux nous interdisaient de nous retrouver de temps en temps, il me vint à l’esprit de monter de nuit, discrètement et sans faire de bruit, dans la chambre de mon amie, grâce à une corde. Et voici que ma chère Mythiphila, nue, après avoir vite ouvert sa petite fenêtre, s’efforce de me soulever jusqu’à elle, en tirant sur le lierre vers le haut, comme je suis attaché à la corde.
Un chat perché sème le chaos
Sed proh dolor ! Inter trahendum dum medio in conscensu pendens sum, catus, bestia nimis ominosa, ex tigno quopiam in proximam 7 domum prosiliens, tegulas ueteres et imbrices aliquot in caput meum deturbat meque cerebro penitus illiso in pauimentum praecipitat.
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Mais quel tourment ! Pendant que je suis tiré, comme je suis suspendu au milieu de mon ascension, un chat, bête de fort mauvais augure, sautant depuis une poutre sur la maison voisine, fait tomber quelques vieilles tuiles et faîtières sur ma tête et me fait chuter à terre, ma tête fracassée.
Mythiphila se précipite pour rejoindre son amant
Mythiphilam nudam quid statim fecissse putas ? Exclamat : « O Polyceri ! Non sine me dulcem animam efflabis. En tecum praecipitor. Forte fortuna frontem illam suam tenellam meae iam cruentosae cadens affigit, animamque suam in os meum quasi osculabunda suspirulans efflat.»
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Que penses-tu que Mythiphila, nue, ait aussitôt fait ? Elle s’écrie : « Ô Polycerius ! tu ne rendras pas sans moi ton dernier souffle si doux. Voilà que je me précipite avec toi. Par chance, dans ma chute, la fortune attache son front si tendre au mien, désormais sanglant, et il rend son âme dans ma bouche comme si je soupirais, couverte de baisers. »
Le chat est maudit
O murirapa bestiarum infaustissima, amantum esse debebas exitium tale ? Nescibas in hominum uita ipso prorsus amore dulcius esse nihil ? Fatum adfatim 8 infaustum adferens 9 Polycerium et Mythiphilam iocis, osculis dulcibus et reciprocis amplexibus expoliasti. Dii te (si uolunt) male perdant !
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Ô chasseuse de souris, la plus funeste des bêtes, devais-tu ainsi causer la ruine des amants ? Ne savais-tu pas qu’il n’y a vraiment rien de plus doux dans la vie des hommes que l’amour lui-même ? En leur apportant un sort bien funeste, tu as privé Polycerius et Mythiphila de leurs amusements, de leurs doux baisers et de leurs étreintes réciproques. Que les dieux (s’ils le veulent) causent ton malheur !
Les amants sont découverts à l'aube
Viator, parum est quod te moror. Iacentes in diluculum a nullo 10 uidemur. Venerunt tandem nihil tale quaerentes ancillae, quae exanimum utrunque reperiunt. Odorisequos canes cerebrum nostrum deglutientes cum clamore et horrore abigunt, eiulant. Deum et hominum fidem implorant. Mythiphilae mater et pater cito prodire non cunctantur 11. Visis nobis, peripneumatici corruunt. Ora sua dilacerant. Funem, helicem, tegulas et catum, una quidem etiam tegula mecum cadendo adtritum 12, hinc inde circum nostra cadauera uident. Sortem considerant. Ruinam tegularem suspectant.
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Voyageur, voilà peu de temps que je te retiens. Comme nous gisons dans le petit jour, personne ne nous voit. Enfin, vinrent des servantes, qui ne recherchaient rien de tel et qui nous trouvent tous deux morts. Elles repoussent avec un cri et un frisson d’effroi les chiens qui, nous ayant flairés, dévoraient notre cerveau ; elles se lamentent. Elles implorent la protection des dieux et des hommes. La mère et le père de Mythiphila ne tardent pas à vite arriver sur les lieux. Dès qu’ils nous ont vus, ils s’écroulent, comme atteints de péripneumonie. Ils lacèrent leur visage. Ils voient la corde, le lierre, les tuiles et le chat, lui aussi assurément écrasé par une tuile dans sa chute avec moi, ici, là, tout autour de nos cadavres. Ils réfléchissent à notre sort. Ils soupçonnent une chute de tuiles.
Les parents de Polycerius accourent à leur tour et les amants reposent ensemble
Mei etiam parentes, audita re, spissigrado, immo praecipitanti cursu nos uisum adproperant. Excordes conspectant, lacrimis 13 nos irrigant. Receptis demum animis, Mythiphilam meam nudam totum corpus barrhino dente candidius ostendentem et me colligunt. Efferunt et gemituoso cum consensu hoc apud triuium in urnam unam collocant.
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Mes parents, aussi, ayant appris la nouvelle, se hâtent de nous voir, d'un pas lourd, mais dans une course précipitée. Ils perdent cœur en nous regardant, nous couvrent de larmes. Après avoir repris leurs esprits, ils ramassent ma Mythiphila, nue, son corps entier visiblement plus resplendissant que l’ivoire, et moi. Ils nous emportent, et nous déposent, accordant leurs lamentations, dans une seule urne près de ce carrefour.
- Formule consacrée des épitaphes.
- L'imprimé présente la graphie archaïsante lubens.
- Expectare dans l'imprimé.
- En latin classique, on trouve le subjonctif dans l'interrogative indirecte. En revanche, dans ce texte, figure l'indicatif est. Dans les textes néo-latins, le recours au subjonctif en interrogative indirecte est variable selon les auteurs.
- Le parallèle entre amans et amens est un jeu de mots classique, que l'on retrouve déjà chez Plaute (Le Marchand, v. 82 : amens amansque) et Térence (L'Andrienne, v. 218 : nam inceptiost amentium, haud amantium).
- Elicino dans l'imprimé.
- L'imprimé présente la graphie archaïsante proxumam.
- Affatim dans l'imprimé.
- Afferens dans l'imprimé.
- L'imprimé donne la périphrase a nemine homine.
- L'imprimé présente la graphie simplifiée contantur.
- Attritum dans l'imprimé.
- Le texte présente la graphie archaïsante lachrimis.