
Activites sur le sceau en contexte grec
Laura Sageaux a écrit un article sur « Sceaux et iconographie dans l’Antiquité », sur la plateforme Utpictura 18. Marie Platon, enseignante en classes préparatoires au Lycée Saint-Sernin de Toulouse, propose des activités pédagogiques pour l'enseignement de Langues et cultures antiques axées sur le grec.
Activités I
Texte 1. Sophocle, Les Trachiniennes, 600-619
Déjanire est sans nouvelle de son époux Héraclès depuis quinze mois. Lichas, messager et compagnon d'Héraclès, survient et lui révèle que le héros a été retenu captif chez Omphale en Lydie, puis qu'il est parti en guerre contre la cité d'Eurytos, roi d'Œchalie, d'où il ramène des captives. Parmi elles se trouve Iole, la fille d'Eurytos, dont Héraclès veut faire son amante. Jalouse et soucieuse de reconquérir son époux, Déjanire enduit alors une tunique du sang du centaure Nessos, qu'elle remet à Lichas pour qu'il l'apporte à Héraclès. Elle ignore que le sang de Nessos n'est pas un philtre d'amour mais un poison mortel. Quand elle le découvre, Déjanire, de désespoir, se donne la mort. Quant à Héraclès, il se fait conduire sur le mont Oeta et incinérer pour mettre fin aux souffrances causées par le poison.
(Le texte est donné dans la traduction de R. Pignarre.)
ΔΗ. ἀλλ᾽ αὐτὰ δή σοι ταῦτα καὶ πράσσω, Λίχα,
ἕως σὺ ταῖς ἔσωθεν ἠγορῶ ξέναις,
ὅπως φέρῃς μοι τόνδε ταναϋφῆ πέπλον,
δώρημ᾽ ἐκείνῳ τἀνδρὶ τῆς ἐμῆς χερός.
διδοὺς δὲ τόνδε φράζ᾽ ὅπως μηδεὶς βροτῶν
κείνου πάροιθεν ἀμφιδύσεται χροΐ, 605
μηδ᾽ ὄψεταί νιν μήτε φέγγος ἡλίου
μήθ᾽ ἕρκος ἱρὸν μήτ᾽ ἐφέστιον σέλας,
πρὶν κεῖνος αὐτὸν φανερὸς ἐμφανῶς σταθεὶς
δείξῃ θεοῖσιν ἡμέρᾳ ταυροσφάγῳ.
οὕτω γὰρ ηὔγμην, εἴ ποτ᾽ αὐτὸν ἐς δόμους 610
ἴδοιμι σωθέντ᾽ ἢ κλύοιμι, πανδίκως
στελεῖν χιτῶνι τῷδε, καὶ φανεῖν θεοῖς
θυτῆρα καινῷ καινὸν ἐν πεπλώματι.
καὶ τῶνδ᾽ ἀποίσεις σῆμ᾽, ὃ κεῖνος εὐμαθὲς
σφραγῖδος ἕρκει τῷδ᾽ ἐπὸν μαθήσεται. 615
ἀλλ᾽ ἕρπε, καὶ φύλασσε πρῶτα μὲν νόμον,
τὸ μὴ ᾽πιθυμεῖν πομπὸς ὢν περισσὰ δρᾶν·
ἔπειθ᾽ ὅπως ἂν ἡ χάρις κείνου τέ σοι
κἀμοῦ ξυνελθοῦσ᾽ ἐξ ἁπλῆς διπλῆ φανῇ.
DÉJANIRE. — J'y ai songé, Lichas, pendant que tu devisais avec ces étrangères. Je désire que tu emportes pour mon mari ce vêtement d'un tissu très léger ; c'est un ouvrage de ma main. Quand tu le lui remettras, recommande-lui d'avoir soin que personne au monde ne s'en revête avant lui, qu'il ne l'expose ni aux feux du soleil, ni à la flamme d'un autel ou d'un foyer, jusqu'au jour où lui-même, en public, présidant à une immolation de taureaux, il se montrera aux dieux dans l'éclat de cette parure.J'avais promis, s'il me revenait sain et sauf ou que je ne pusse douter de son retour, de leur présenter un Héraclès brillant d'une beauté nouvelle dans sa tunique toute neuve de sacrificateur. Pour gage de tout ceci, tu auras mon sceau apposé sur la cassette : il le reconnaîtra tout de suite. Pars, il en est temps ; et souviens-toi qu'un messager doit s'en tenir aux ordres qu'on lui donne. Si tu travailles à mériter mes bonnes grâces, jointes à celles de ton maître, ce sera pour toi double profit.
Texte 2. Euripide, Hippolyte, 856-890
Épouse de Thésée, Phèdre se consume d'amour pour son beau-fils Hippolyte. Mais le jeune homme repousse violemment ses avances. Phèdre décide alors de perdre Hippolyte et se pend. Thésée revient et trouve dans les mains de sa défunte épouse des tablettes qui accusent son fils de viol, raison de son suicide. Il maudit son fils et le voue à la vengeance de Poséidon, causant sa mort. (Le texte est donné dans la traduction de M. Artaud).
ΘΗ. ἔα ἔα·
τί δή ποθ᾽ ἥδε δέλτος ἐκ φίλης χερὸς
ἠρτημένη; θέλει τι σημῆναι νέον;
ἀλλ᾽ ἦ λέχους μοι καὶ τέκνων ἐπιστολὰς
ἔγραψεν ἡ δύστηνος, ἐξαιτουμένη;
θάρσει, τάλαινα· λέκτρα γὰρ τὰ Θησέως
οὐκ ἔστι δῶμά θ᾽ ἥτις εἴσεισιν γυνή.
καὶ μὴν τύποι γε σφενδόνης χρυσηλάτου
τῆς οὐκέτ᾽ οὔσης οἵδε προσσαίνουσί με.
φέρ᾽ ἐξελίξας περιβολὰς σφραγισμάτων
ἴδω τί λέξαι δέλτος ἥδε μοι θέλει.
ΧΟ. φεῦ φεῦ, τόδ᾽ αὖ νεοχμὸν ἐκδοχαῖς
ἐπεισφρεῖ θεὸς κακόν· †ἐμοὶ μὲν οὖν ἀβίοτος βίου
τύχα πρὸς τὸ κρανθὲν εἴη τυχεῖν·†
ὀλομένους γάρ, οὐκέτ᾽ ὄντας, λέγω,
φεῦ φεῦ, τῶν ἐμῶν τυράννων δόμους.
ὦ δαῖμον, εἴ πως ἔστι, μὴ σφήληις δόμους,
αἰτουμένης δὲ κλῦθί μου· πρὸς γάρ τινος
οἰωνὸν ὥστε μάντις εἰσορῶ κακόν.[...]
ΘΗ. βοᾶι βοᾶι δέλτος ἄλαστα· πᾶι φύγω
βάρος κακῶν; ἀπὸ γὰρ ὀλόμενος οἴχομαι,
οἷον οἷον εἶδον γραφαῖς μέλος
φθεγγόμενον τλάμων.
Ἱππόλυτος εὐνῆς τῆς ἐμῆς ἔτλη θιγεῖν
βίαι, τὸ σεμνὸν Ζηνὸς ὄμμ᾽ ἀτιμάσας.
ἀλλ᾽, ὦ πάτερ Πόσειδον, ἃς ἐμοί ποτε
ἀρὰς ὑπέσχου τρεῖς, μιᾶι κατέργασαι
τούτων ἐμὸν παῖδ᾽, ἡμέραν δὲ μὴ φύγοι
890 τήνδ᾽, εἴπερ ἡμῖν ὤπασας σαφεῖς ἀράς.
THÉSÉE. — Mais qu'est-ce que ces tablettes de sa main chérie, que je vois suspendues ? Nous annoncent-elles quelque chose de funeste ? L'infortunée m'aurait-elle écrit ses dernières prières touchant notre union et ses enfants ? Sois sans crainte, chère épouse ; nulle femme n'entrera désormais dans la couche et dans la maison de Thésée. Oh ! que l'empreinte de l'anneau d'or que portait celle qui n'est plus charme mon cœur ! Brisons les liens du cachet, et voyons ce que me disent ces tablettes.
LE CHOEUR. — Hélas, hélas ! voici encore une nouvelle calamité envoyée par les dieux. Pour moi, la vie ne sera plus supportable, après ce qui s'est passé. La maison de nos rois n'est plus : elle est anéantie. Ô dieu ! s'il est possible, ne détruis pas cette maison ; écoute ma prière ; car, comme un devin, je vois dans les regards de quelqu'un un augure sinistre. [...] THÉSÉE. — Elles crient, elles crient d'horribles attentats, ces tablettes ! Où fuir les maux qui m'accablent ? car je tombe anéanti sous les terribles paroles que profère ce funeste écrit. [...] Hippolyte a osé souiller mon lit par la violence, au mépris des regards augustes de Jupiter. Mais, ô Neptune, mon père, des trois vœux que jadis tu m'as promis d'accomplir, exauces-en un contre mon fils ! que ce jour ne se passe pas sans qu'il soit puni, si les promesses que tu m'as faites sont efficaces.
Texte 3. Xénophon, Helléniques, I, 4, 1-5
Les Helléniques racontent l'histoire grecque entre -411 et -362 av. J.-C.. L'ouvrage débute là où s'achève l’Histoire de la guerre du Péloponnèse de Thucydide. L'épisode qui suit prend place en -407 av. J.-C., tandis que les Athéniens et les Lacédémoniens, cherchent, chacun de leur côté, à obtenir le soutien du roi des Perses Artaxerxès II. L'ambassade des Athéniens, qui a été devancée par celle des Lacédémoniens, est arrêtée en route par Cyrus (frère d'Artaxerxès) et le satrape de Phrygie Pharnabaze, qui mènent une politique pro-spartiate. (Le texte est donné dans la traduction de P. Chambry).
[1.4.1] Φαρνάβαζος δὲ καὶ οἱ πρέσβεις τῆς Φρυγίας ἐν Γορδείῳ ὄντες τὸν χειμῶνα τὰ περὶ τὸ Βυζάντιον πεπραγμένα ἤκουσαν. [2] ἀρχομένου δὲ τοῦ ἔαρος πορευομένοις αὐτοῖς παρὰ βασιλέα ἀπήντησαν καταβαίνοντες οἵ τε Λακεδαιμονίων πρέσβεις Βοιώτιος [ὄνομα] καὶ οἱ μετ᾽ αὐτοῦ καὶ οἱ ἄλλοι ἄγγελοι, καὶ ἔλεγον ὅτι Λακεδαιμόνιοι ὧν δέονται πάντων πεπραγότες εἶεν παρὰ βασιλέως, [3] καὶ Κῦρος, ἄρξων πάντων τῶν ἐπὶ θαλάττῃ καὶ συμπολεμήσων Λακεδαιμονίοις, ἐπιστολήν τε ἔφερε τοῖς κάτω πᾶσι τὸ βασίλειον σφράγισμα ἔχουσαν, ἐν ᾗ ἐνῆν καὶ τάδε· Καταπέμπω Κῦρον κάρανον τῶν εἰς Καστωλὸν ἁθροιζομένων. τὸ δὲ κάρανον ἔστι κύριον. [4] ταῦτ᾽ οὖν ἀκούοντες οἱ τῶν Ἀθημαίων πρέσβεις, καὶ ἐπειδὴ Κῦρον εἶδον, ἐβούλοντο μὲν μάλιστα παρὰ βασιλέα ἀναβῆναι, εἰ δὲ μή, οἴκαδε ἀπελθεῖν. [5] Κῦρος δὲ Φαρναβάζῳ εἶπεν ἢ παραδοῦναι τοὺς πρέσβεις ἑαυτῷ ἢ μὴ οἴκαδέ πω ἀποπέμψαι, βουλόμενος τοὺς Ἀθηναίους μὴ εἰδέναι τὰ πραττόμενα.
1. Pharnabaze et les députés apprirent les événements de Byzance à Gordion, en Phrygie, où ils passaient l'hiver. 2. Au commencement du printemps, comme ils reprenaient le chemin de la cour du roi, ils rencontrèrent les ambassadeurs lacédémoniens qui en revenaient ; c'étaient un nommé Boiotios et ses collègues avec d'autres messagers, qui leur dirent que les Lacédémoniens avaient obtenu du roi tout ce qu'ils demandaient. 3. Ils rencontrèrent également Cyrus, qui allait prendre le commandement de toutes les provinces maritimes et faire la guerre de concert avec les Lacédémoniens. Il était porteur d'une lettre munie du sceau royal et adressée à tous les habitants des bas pays. Entre autres choses, elle contenait ceci : « J'envoie Cyrus comme caranos des peuples qui s'assemblent à Castolos.» Caranos veut dire souverain. 4. Quand les députés athéniens eurent entendu ces nouvelles et qu'ils eurent vu Cyrus, ils demandèrent avant tout de monter chez le roi, sinon, de retourner dans leur patrie. 5. Mais Cyrus enjoignit à Pharnabaze de lui livrer les ambassadeurs ou de ne pas les renvoyer encore dans leur pays ; car il ne voulait pas que les Athéniens fussent informés de ce qui se passait.
Questionnaire de lecture et de recherche
I a. Repérez, dans le premier texte, le terme grec désignant le sceau et cherchez-le dans le dictionnaire. À quelle déclinaison appartient-il ?
I b. Repérez maintenant, dans les textes 2 et 3, le terme grec désignant l'empreinte du sceau et cherchez-le dans le dictionnaire. À quelle déclinaison appartient-il ?
Ic. Comment appelle-t-on aujourd'hui la science auxiliaire de l'histoire qui étudie les sceaux ?
II a. Qui sont les propriétaires des sceaux dans ces trois extraits (sexe, statut social) ? Quels usages en font-ils ?
II b. En quoi le sceau constitue-t-il un accessoire scénique essentiel dans les tragédies de Sophocle et d'Euripide (textes 1 et 2) ?
III. Imaginez et dessinez l'empreinte du sceau de Déjanire ou de Phèdre (au choix). Vous pourrez opter pour un portrait en buste de l'héroïne ou bien des symboles de pouvoir (animaux, objets...). Pensez à ajouter une inscription en grec mentionnant la propriétaire du sceau.
IV. Prolongement 1. Utilisons-nous toujours des sceaux de nos jours ? Si oui, sous quelle forme et dans quel contexte ? (Voir le site du ministère de la justice : https://www.justice.gouv.fr/sceaux-origines-nos-jourset le dictionnaire du droit privé : https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/sceau.php).
V/ Prolongement 2 (voir l'article « Sceaux et iconographie dans l’Antiquité » de Laura Sageaux) : Quels types d'informations peuvent apporter aux archéologues les empreintes de sceaux retrouvés lors des fouilles archéologiques ?
Activités II. Méditerranées : l’Égypte hellénistique
1/ La construction d'une image royale



Ce cliché présente un relief du roi Ptolémée XII faisant une offrande de viande et piquant le sol avec un bâton, accompagné de son épouse Cléopâtre VI (ou V), au dieu à tête de faucon Horus et à sa parèdre Hathor. Cléopâtre se tient debout derrière son époux. Elle présente aux dieux dans la main gauche un sistre hathorique. Derrière elle, dans sa main droite, elle tient un collier menat, ainsi qu’un signe de vie ankh. Elle est vêtue d'une longue robe moulante allant des chevilles jusqu’au bas de la poitrine ou au cou. Elle porte une perruque longue et contrairement à la plupart des représentations, elle n’a aucune couronne venant compléter sa coiffure.
Questions
1. Ces images représentent-elles des individus ou plutôt des fonctions (basileus-pharaon) ?
2. Dans quelle tradition iconographique s'inscrivent-elles : hellénique ou égyptienne ? Pourquoi ?
3. Quel discours sur le pouvoir, quelle idéologie reflètent ces représentations du couple royal ?
2/ La dynastie Lagide, de Ptolémée Ier à Cléopâtre VII
Texte de Strabon, Géographie, XVII, I, 11
Strabon est un géographe et un historien grec né autour de 60 avant J.-C. et mort aux environs de 20 après J.-C. Ses nombreux voyages lui permirent d’accumuler une documentation suffisante pour écrire la Géographie, un ouvrage en 17 livres, organisés par région. Le dernier de ces livres décrit l'Afrique (Égypte et Libye). C'est l'occasion pour Strabon de rappeler l'histoire de la dynastie lagide, qui régna sur l'Égypte à partir de – 323, à la mort d'Alexandre le Grand.
Πτολεμαῖος γὰρ ὁ Λάγου διεδέξατο Ἀλέξανδρον, ἐκεῖνον δὲ {ὁ} Φιλάδελφος, τοῦτον δὲ ὁ Εὐεργέτης, εἶθ ´ ὁ Φιλοπάτωρ ὁ τῆς Ἀγαθοκλείας, εἶθ´ ὁ Ἐπιφανής, εἶθ ´ ὁ Φιλομήτωρ, παῖς παρὰ πατρὸς ἀεὶ διαδεχόμενος· τοῦτον δ ´ἀδελφὸς διεδέξατο ὁ δεύτερος Εὐεργέτης ὃν καὶ Φύσκωνα προσαγορεύουσι, τοῦτον δ´ ὁ Λάθουρος ἐπικληθεὶς Πτολεμαῖος, τοῦτον δ´ ὁ Αὐλητὴς ὁ καθ´ ἡμᾶς, ὅσπερ ἦν τῆς Κλεοπάτρας πατήρ. Ἅπαντες μὲν οὖν οἱ μετὰ τὸν τρίτον Πτολεμαῖον ὑπὸ τρυφῆς διεφθαρμένοι χεῖρον ἐπολιτεύσαντο, χείριστα δ´ ὁ τέταρτος καὶ {ὁ} ἕβδομος καὶ ὁ ὕστατος ὁ Αὐλητής, ὃς χωρὶς τῆς ἄλλης ἀσελγείας χοραυλεῖν ἤσκησε, καὶ ἐπ ´αὐτῷ γε ἐσεμνύνετο τοσοῦτον ὥστ´ οὐκ ὤκνει συντελεῖν ἀγῶνας ἐν τοῖς βασιλείοις, εἰς οὓς παρῄει διαμιλλησόμενος τοῖς ἀνταγωνισταῖς. Τοῦτον μὲν οὖν οἱ Ἀλεξανδρεῖς ἐξέβαλον, τριῶν δ´ αὐτῷ θυγατέρων οὐσῶν, ὧν μία γνησία ἡ πρεσβυτάτη, ταύτην ἀνέδειξαν βασίλισσαν. Οἱ υἱοὶ δ´ αὐτοῦ δύο νήπιοι τῆς τότε χρείας ἐξέπιπτον τελέως. Τῇ δὲ κατασταθείσῃ μετεπέμψαντο ἄνδρα ἐκ τῆς Συρίας κυβιοσάκτην τινά, προσποιησάμενον τοῦ γένους εἶναι τῶν Συριακῶν βασιλέων· τοῦτον μὲν οὖν ὀλίγων ἡμερῶν ἀπεστραγγάλισεν ἡ βασίλισσα οὐ φέρουσα τὸ βάναυσον καὶ τὸ ἀνελεύθερον. Ἧκε δ ´ ἀντ´ ἐκείνου προσποιησάμενος καὶ αὐτὸς εἶναι Μιθριδάτου υἱὸς τοῦ Εὐπάτορος Ἀρχέλαος, ὃς ἦν μὲν Ἀρχελάου υἱὸς τοῦ πρὸς Σύλλαν διαπολεμήσαντος καὶ μετὰ ταῦτα τιμηθέντος ὑπὸ Ῥωμαίων, πάππος δὲ τοῦ βασιλεύσαντος Καππαδόκων ὑστάτου καθ´ ἡμᾶς, ἱερεὺς δὲ τῶν ἐν Πόντῳ Κομάνων. Γαβινίῳ δὲ τότε συνδιέτριψεν ὡς συστρατεύσων ἐπὶ Παρθυαίους, λαθὼν δὲ τοῦτον κομίζεται διά τινων εἰς τὴν βασίλισσαν καὶ ἀναδείκνυται βασιλεύς. Ἐν τούτῳ τὸν Αὐλητὴν ἀφικόμενον εἰς Ῥώμην δεξάμενος Πομπήιος Μάγνος συνίστησι τῇ συγκλήτῳ καὶ διαπράττεται κάθοδον μὲν τούτῳ, τῶν δὲ πρέσβεων τῶν πλείστων, ἑκατὸν ὄντων, ὄλεθρον τῶν καταπρεσβευσάντων αὐτοῦ· τούτων δ´ ἦν καὶ Δίων ὁ Ἀκαδημαϊκὸς ἀρχιπρεσβευτὴς γεγονώς. Καταχθεὶς οὖν ὑπὸ Γαβινίου Πτολεμαῖος τόν τε Ἀρχέλαον ἀναιρεῖ καὶ τὴν θυγατέρα, χρόνον δ´ οὐ πολὺν τῇ βασιλείᾳ προσθεὶς τελευτᾷ νόσῳ, καταλιπὼν δύο μὲν υἱεῖς δύο δὲ θυγατέρας, πρεσβυτάτην δὲ Κλεοπάτραν.
Des mains de Ptolémée, fils de Lagos, successeur immédiat d'Alexandre, le sceptre de l'Égypte avait passé aux mains de Philadelphe, puis d'Évergète, de Philopator l'amant d'Agathoclée, d'Épiphane et de Philométor, le fils prenant au fur et à mesure la place de son père. Seul Philométor eut pour successeur son frère Évergète II dit Physcon, puis vint Ptolémée Lathyre, et, après lui, de nos jours Aulétès, propre père de Cléopâtre. Passé le troisième des Ptolémées, tous ces Lagides, perdus de vices et de débauches, furent de très mauvais rois, mais les pires de tous furent le quatrième, le septième et le dernier, Aulétès, qui à la honte de ses autres déportements ajoutait celle de professer pour la flûte une véritable passion, se montrant même si fier de son talent de virtuose, qu'il ne rougissait pas d'établir dans son palais des concours de musique et de se mêler aux concurrents pour disputer le prix. Indignés, les Alexandrins le chassèrent, et, de ses trois filles ayant choisi l'aînée qui seule était légitime, ils la proclamèrent reine. Quant à ses fils, encore tout jeunes enfants, ils furent complètement écartés, comme ne pouvant être alors d'aucune utilité. A peine la nouvelle reine avait-elle pris possession du trône, qu'on fit venir de Syrie pour l'épouser un certain Cybiosactès, qui se prétendait issu du sang des rois de Syrie ; mais, au bout de quelques jours, la reine, qui n'avait pu se faire à ses manières basses et ignobles, s'en débarrassait en le faisant étrangler. Un remplaçant, Archélaüs, se présenta, il se disait lui aussi de sang royal et se faisait passer pour le fils de Mithridate Eupator : en réalité il était fils d'Archélaüs, cet adversaire de Sylla que les Romains avaient plus tard comblé d'honneurs, l'aïeul par conséquent du dernier roi de Cappadoce, notre contemporain. Ajoutons qu'il était grand prêtre de Comana dans la province du Pont. Il se trouvait dans le camp de Gabinius, au moment de faire campagne avec lui contre les Parthes, quand tout à coup il partit sans prévenir Gabinius pour rejoindre des amis sûrs qui le conduisirent à la reine et le firent [agréer d'elle et] proclamer roi. Cependant Aulétès était venu à Rome : là, il se voit accueilli par le grand [Pompée] qui le recommande au Sénat et fait décréter son retour dans ses Etats en même temps que le supplice en masse de la majeure partie de l'ambassade, composée de cent membres, que les Alexandrins avaient envoyée pour déposer contre lui, et dont le chef était Dion l'académicien qui fut compris naturellement au nombre des victimes. Ramené par Gabinius, Ptolémée fait mettre à mort Archélaüs et sa propre fille ; mais il ne prolonge que de bien peu les années de son règne et meurt de maladie, laissant deux fils et deux filles, dont l'aînée n'était autre que Cléopâtre.
4. En quoi le témoignage de l'historien-géographe Strabon vient-il contrebalancer l'image donnée par les précédentes représentations de Ptolémée XII ?

5 a. Rechercher dans le dictionnaire grec-français le sens des épithètes des différents Ptolémées
Sôter (Σωτήρ), Philadelphe (Φιλάδελφος), Évergète (Εὐεργέτης), Philopatôr (Φιλοπάτωρ), Épiphane (Ἐπιφανής), Philomêtôr (Φιλομήτωρ), Tryphon (Τρύφων) ou Physcon (Φύσκων), Lathyre (Λάθυρος), Néos Dionysos (Νεός Διόνυσος) ou Aulète (Αὐλητής)
5 b. Lesquelles, parmi ces épithètes, ne semblent pas être des titres officiels mais des surnoms ?
5 c. Selon vous, les épithètes Τρύφων (féminin Τρύφαινα) et Φύσκων sont-elles valorisantes ou au contraire dévalorisantes pour le souverain ?
5 d. D'où vient le surnom de Ptolémée XII, Αὐλητής (voir le texte de Strabon) ? En quoi est-il particulièrement dépréciatif ?
6. Observez bien l'arbre généalogique des Lagides : quels liens familiaux unissent Arsinoé II et Ptolémée II Philadelphe ? Ce schéma se reproduit-il par la suite ?